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Le pacte des parias

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Le pacte des parias

À venir mai 2026 . Ce fardeau tombe sur Élian, un jeune forgeron dont les pouvoirs telluriques s'éveillent brutalement après l'incendie de son village, le rendant fugitif et objet de toutes les convoitises. Échappant aux mages d'Ondeval qui veulent l'encager et à l'Inquisition royale menée par le Sergent Varg, Élian est accompagné de Kaelen, Naelys, et du soldat déserteur Lucian. Le groupe se retrouve sous l'emprise de la Baronne Vespera, une intrigante qui utilise leur désespoir pour les forcer à récupérer un puissant vestige dans les ruines de Silandra. Alors que la Baronne, les mages et le Roi se disputent son pouvoir, Élian doit lutter pour conserver son humanité face à une puissance qui le déconnecte du monde et menace de faire sombrer tout le royaume.

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Épisode 0

La Note Orpheline

La Note Orpheline Avant l’acier, avant la nacre, avant même que le premier souffle ne vienne troubler l’inertie de l’éther, il y avait le Silence. Un silence non pas vide, mais lourd d’une promesse non tenue. Les Premiers Bâtisseurs l'appelaient la Singularité Aphone. Puis, vint la Note. Elle ne fut pas jouée ; elle fut extraite du néant. Une vibration si pure qu’elle cristallisa la pensée en matière, créant les strates de ce que nous nommons aujourd'hui l'Aethéria. Mais toute création engendre son propre deuil. Pour chaque onde de lumière projetée vers les sommets, une onde d’ombre s’engouffra dans les abysses. C’est ce que les érudits nains appellent désormais l’Équation de la Compensation Sombre : représente la Résonance de la vie et l'Harmonie perçue. Tout déséquilibre dans cette intégrale crée une déchirure : le Vide. Le Grand Effondrement Pendant des millénaires, les cités de nacre comme Ondevale crurent avoir dompté cette dualité. Ils utilisèrent l'étheris comme un esclave, ignorant que chaque fois qu'ils illuminaient leurs dômes, ils affamaient les racines du monde. Le Grand Effondrement ne fut pas une explosion, mais une implosion de sens. Les fréquences se brouillèrent, les couleurs se délavèrent, et les hommes oublièrent qu'ils étaient faits de musique. Le monde se scinda en quatre tempéraments, quatre couleurs de survie : Le Rouge de la Dominance, pour ceux qui voulaient forcer le destin. Le Jaune de l'Influence, pour ceux qui cherchaient encore le lien. Le Vert de la Stabilité, pour ceux qui voulaient simplement durer. Le Bleu de la Conformité, pour ceux qui cherchaient l'ordre dans les décombres. L'Annonce de l'Ancre Dans les vieux parchemins de Silandra, il est écrit qu'au moment le plus sombre, un enfant naîtrait au milieu du fer et du charbon. Il ne serait ni un roi, ni un mage. Il serait une Ancre. Un point fixe capable de supporter la dissonance du monde sans se briser. À Val-Serein, petit village perdu dans les brumes d'Aethon, un jeune apprenti lève son marteau. Il ne sait pas encore que le métal qu'il frappe n'est qu'un écho. Il ne sait pas que la Baronne Vespera regarde déjà dans son miroir de nacre noire, cherchant la note qui manque à sa partition maléfique. Il ne sait pas qu'il est la fin du Silence. La Première Résonance Le ciel d'Aethon se teinte d'un violet inhabituel. Les oiseaux de phase cessent de chanter. Quelque part, un soldat déserte, une elfe s'exile, et un mercenaire sent son épée vibrer d'une fréquence nouvelle. Le Vide a faim. Mais la Note, elle, s'apprête à retentir de nouveau.

Épisode 1

Après la cendre

Après la cendre La plaine d’Aethéria n'était plus qu'un linceul gris. La cendre de Val-Serein, portée par des vents capricieux et chargés d'une amertume de fin du monde, ne voulait pas mourir. Elle flottait dans l'air, s'insinuait dans chaque pore de la peau, et laissait dans l'arrière-gorge ce goût persistant de ferraille et de deuil qui ne semblait pouvoir être lavé par aucune eau. Sous les pas pesants des fugitifs, le sol craquait avec une sonorité de verre brisé. Kaelen menait la marche, sa silhouette massive découpée contre l'aube blafarde. Il sentait la poussière s'accrocher au cuir bouilli de ses bottes, alourdissant chaque mouvement de ses jambes de colosse. Le brouillard matinal, une mer grise et glaciale, rampait sur les herbes hautes de la plaine, menaçant de les engloutir. Le guerrier s'arrêta un instant, laissant le poids de son espadon reposer contre son épaule fatiguée. Ses muscles, encore endoloris par la bataille de la veille, réclamaient un repos que son esprit n'osait pas encore s'autoriser ; ses yeux, habitués à traquer l'ombre, scrutaient l'horizon à la recherche du moindre reflet d'acier. Derrière lui, le spectacle était tout aussi désolant. Naelys, la chasseresse émeraude, soutenait le pas chancelant du vieux Soren. Le nain semblait avoir vieilli de dix ans en une seule nuit. Sa barbe, autrefois fière, était grise de suie, et sa respiration n'était plus qu'un sifflement rauque. Bien qu'elle fût elle-même au bord de l'épuisement, Naelys masquait sa fatigue sous une rigueur militaire, son regard d'elfe perçant le brouillard pour protéger leurs arrières. Mais ce n'était pas la détresse de Soren qui inquiétait le plus Kaelen. C'était l'apprenti. Élian se tenait debout sur le vestige calciné d'un chariot de transport, une épave de bois noirci qui servait autrefois à acheminer le grain vers les villages de Port-Vieux. Sa tunique de lin, fermée jusqu'au cou pour repousser la morsure du vent, semblait flotter autour de lui. Le garçon ne grelottait pas. Il ne semblait même pas affecté par la température qui chutait à mesure que l'aube progressait. Kaelen l'observa avec une méfiance croissante : Élian venait de bondir sur ce bois pourri avec une fluidité écœurante, sans produire le moindre craquement. Il se mouvait comme si la gravité elle-même avait perdu son emprise sur lui. — Tu fatigues déjà, Kaelen ? lança Élian d'un ton sec, faisant tournoyer sa dague entre ses doigts avec une dextérité clinique. On dirait que ton acier pèse plus lourd que tes remords ce matin. Le timbre de sa voix était familier, mais l'arrogance joviale qui le caractérisait s'était asséchée comme un puits sous le soleil de l'été. Le sarcasme était devenu tranchant, presque chirurgical. — L'agilité est une courtisane, Élian, grogna Kaelen en essuyant la suie sur son front. Elle te flatte jusqu'au moment précis où elle te brise les reins. Redescends. Tu es une cible parfaite sur ce promontoire. — Je suis toujours une cible parfaite, grand, répliqua le garçon en atterrissant avec une souplesse féline. C'est le fardeau de la perfection. Et la courtisane m'adore. Kaelen serra les dents. Dans les pupilles autrefois riantes du garçon, une froideur minérale s'installait. L'Ancre s'était éveillée. Le monde ne verrait bientôt plus en lui qu'un prodige insolent, mais le colosse savait que la puissance exigeait toujours un tribut que le garçon n'était peut-être pas prêt à payer. Ils reprirent leur route, contournant les ruines d'une ferme isolée dont les murs de torchis commençaient à s'effondrer. C'est là qu'ils croisèrent une silhouette solitaire, courbée sur le sol. C'était une vieille femme, vêtue de hardes grises, qui fouillait désespérément la boue avec un bâton. — Allez-vous-en, soldats ! cria-t-elle sans même lever les yeux, sa voix tremblante de terreur. Il n'y a plus rien à voler. Ils ont tout pris... même ma chèvre. Naelys s'approcha lentement, les mains levées pour montrer qu'elle n'était pas une menace. — Nous ne sommes pas des soldats, mère. Nous ne faisons que passer. La vieille femme leva enfin un visage ravagé par les larmes et la suie. Ses yeux s'arrêtèrent sur Élian, qui observait la scène avec un détachement glacial. — Celui-là... il a le regard de ceux qui apportent l'incendie, murmura-t-elle en reculant. Élian ne répondit rien. Il se contenta de fixer la vieille femme, son esprit semblant déjà ailleurs, calculant peut-être la trajectoire du vent ou la densité du sol sous ses pieds. Ce manque total d'empathie fit frissonner Lucian, qui marchait un peu à l'écart, encore hanté par les ordres qu'il avait reçus de l'Inquisition avant de se joindre à eux. — Nous devons avancer, dit Élian, ignorant les lamentations de la femme. Le soleil monte, et avec lui, les patrouilles d'Ondeval. — Un peu de compassion ne te tuerait pas, Élian, murmura Naelys en aidant Soren à franchir un fossé. — La compassion est une variable que nous ne pouvons pas nous permettre dans cette équation, répliqua-t-il sans se retourner. Le groupe s'éloigna de la ferme, laissant la vieille femme seule dans son malheur. Kaelen sentait une tension grandissante entre eux. Le lien qui les unissait, forgé dans les flammes de Val-Serein, commençait à se craqueler sous le poids de la nouvelle nature d'Élian. Ils marchèrent ainsi pendant plusieurs heures, traversant des champs de blé piétinés par le passage de la cavalerie lourde. Par moments, le vent apportait le son lointain d'une cloche — peut-être celle de Port-Rouille, un petit bourg de pêcheurs situé plus au sud, vers lequel ils espéraient trouver un refuge temporaire. Soren, dont le visage était devenu livide, s'arrêta brusquement, pris d'une violente quinte de toux qui le prostra au sol. Naelys se précipita à ses côtés, mais le nain la repoussa d'un geste de la main, tentant de reprendre son souffle. — C’est rien… juste un peu de poussière dans les soufflets, parvint-il à articuler, bien que ses yeux trahissent une douleur bien plus profonde. Kaelen posa une main sur l'épaule de son vieil ami. Il voyait bien que Soren n'irait pas beaucoup plus loin sans soins. Mais où trouver un médecin dans cette plaine dévastée ? Le moindre village était désormais un piège potentiel, rempli d'espions à la solde d'Ondeval ou de la Baronne Vespera. — On s'arrête là, décréta Kaelen en désignant un bosquet d'arbres morts qui offrait un semblant de couverture. On a besoin de repos. — Le repos est un luxe pour ceux qui ne sont pas traqués, lança Élian, bien qu'il s'arrêtât lui aussi, ses yeux d'or froid scrutant déjà les environs avec une précision de rapace. Ils s'installèrent dans le silence, chacun perdu dans ses propres tourments. Kaelen regardait ses mains, les mêmes mains qui avaient forgé tant de fer et qui, aujourd'hui, ne semblaient capables que de tenir une arme. Il se demanda si le monde qu'ils tentaient de sauver méritait encore d'être sauvé, ou si la cendre de Val-Serein n'était que le prélude d'un hiver éternel qui allait tout recouvrir. Le drame ne faisait que commencer, et la route vers Murano semblait désormais plus longue et périlleuse que jamais. Le vent changea de direction à mesure que le soleil grimpait péniblement derrière le rideau de brume, apportant avec lui l'odeur caractéristique du sud : un mélange de sel, de bois en décomposition et de vase stagnante. Ils approchaient des marches du delta, une région où la terre ferme semblait hésiter avant de se laisser dévorer par les eaux de la Mer de Verre. Au loin, les silhouettes tordues des saules pleureurs annonçaient les abords de Port-Rouille, un village côtier qui tirait son nom de l'oxydation permanente des vieux navires abandonnés dans ses vasières. Kaelen s'arrêta au sommet d'une petite butte, ajustant la sangle de son espadon qui pesait sur son épaule endolorie. Ses yeux traquaient le moindre mouvement dans les herbes hautes. Il fit signe au groupe de s'arrêter. — Port-Rouille est à moins d'une lieue, grogna-t-il d'une voix rendue rauque par la poussière de cendre. On ne peut pas e

Épisode 2

Le marché des masques

Le marché des masques La brume du delta s'écarta pour révéler les premières mâchoires de pierre de Murano-Sud. Ce n'était pas la cité majestueuse des récits de voyageurs, mais un intestin de pierre moussue et d'eau noire où les lois d'Ondeval venaient mourir noyées. L'odeur de la ville ne se contentait pas d'assaillir les narines ; elle se collait à la peau comme une pellicule poisseuse faite de vase croupie, de saumure, de poisson pourri et d'épices frelatées . C'était une puanteur franche, organique, qui contrastait violemment avec l'ozone stérile des laboratoires d'Ondeval. La barque à fond plat glissait silencieusement sur le Canal de la Nacre. À l'arrière, Kaelen manœuvrait la longue rame avec une prudence de loup encerclé. Ses muscles, saillants sous sa tunique de cuir usée, travaillaient en rythme pour éviter les débris qui flottaient à la surface de l'eau huileuse. Près de lui, le vieux Soren était prostré, emmitouflé dans une cape en lambeaux. Le nain était secoué par une quinte de toux rauque qui résonna lugubrement contre les parois des bâtiments décrépits, attirant l'attention de quelques rats gras sur les berges. — Cache cette tête, grogna Soren entre deux spasmes. Si un seul informateur aperçoit cette crinière, nous aurons toute la racaille de la ville sur le râble avant minuit. À la proue de l'embarcation, Élian se tenait debout, immobile comme une figure de proue d'albâtre. Sous sa lourde tunique de lin sombre et son manteau de laine bouillie, son corps était un instrument tendu à l'extrême. Il n'écoutait pas vraiment le vieux nain. Ses sens, dilatés par l'éveil de l'Ancre, absorbaient les vibrations de la cité avec une lucidité qui lui donnait la nausée. L'Ancre, cette force tellurique qui battait désormais dans ses veines, avait transformé le monde en une architecture de fréquences insupportables. Élian percevait le murmure d'un usurier trois ponts plus loin et sentait la friction des poulies rouillées des marchands nocturnes . Trop de sensations. Le monde entier hurlait à ses sens. Voulant se stabiliser, il laissa ses doigts effleurer la rambarde humide de la barque. Un vertige fulgurant le percuta. Il ne touchait pas simplement du bois : il sentait la pourriture dans les fibres, la souffrance végétale et la lente décomposition de la matière . Il retira sa main vivement, refermant son poing jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. — On s'ancre ici, souffla Kaelen d'une voix basse, brisant le silence pesant. Pas d'esclandres, Élian. La discrétion est notre seule armure ce soir. Le forgeron ne se retourna pas. Ses cheveux blancs immaculés captaient la lueur maladive des lanternes rouges suspendues aux balcons de bois, le désignant comme un phare au milieu des ténèbres. Un froid minéral s'installait dans sa poitrine, un détachement chirurgical face au danger qui commençait à effrayer ses compagnons . — La discrétion est une vertu de lâche ou de boutiquier, Kaelen, répliqua Élian . Sa voix était sèche, dénuée de la chaleur moqueuse qui l'habitait autrefois . Ses mots tombaient comme des couperets, froids et définitifs. — Mais rassure-toi. Je serai aussi invisible qu'une lame glissée entre deux côtes . Sur le quai de la Bourse aux Éclats, un vieil homme nommé Tobias, dont la seule fonction était de surveiller les amarres pour quelques pièces de cuivre, les regarda approcher. Tobias avait vu passer des milliers de barques, mais celle-ci portait une aura de tragédie imminente. Il remarqua l'homme géant à la rame, la femme à l'arc bandé — Naelys, qui restait dans l'ombre, sa capuche rabaissée — et surtout, ce garçon aux cheveux de neige dont les yeux semblaient refléter un vide abyssal. Naelys observa Élian avec une angoisse croissante. Elle voyait bien que l'agilité du garçon n'était plus un jeu, mais une déconnexion d'avec le reste de l'humanité . Chaque utilisation passive de cette force semblait le vider de sa chaleur. — Ne cherche pas les ennuis, Élian, murmura-t-elle alors que la barque heurtait doucement le quai visqueux. On doit trouver des laissez-passer et des chevaux. Reste dans la foule. Élian sauta sur les pavés glissants avant même que le bois ne heurte la pierre, faisant preuve d'une souplesse féline qui défiait la gravité. Il rabattit sa capuche d'un geste mécanique. Il ne ressentait plus l'urgence de la peur, mais le besoin impérieux de faire taire cette voix sourde qui naissait au fond de son crâne depuis l'éveil de l'Ancre. Il avait besoin de la masse, du bruit des tavernes et de la puanteur humaine pour masquer les cris silencieux de la roche sous ses pieds. — Je vais à l'Auberge de la Veuve, déclara-t-il sans attendre leur accord. C'est là que les secrets se vendent le mieux. Kaelen voulut le retenir, mais Soren posa une main tremblante sur le bras du géant. — Laisse-le, Kaelen. On ne retient pas un ouragan avec une corde de chanvre. Surveillons les arrières. Le groupe s'enfonça dans le labyrinthe des ruelles de Murano-Sud, ignorant qu'à quelques rues de là, des mercenaires aux dagues bleutées et des molosses de l'Inquisition commençaient déjà à resserrer les mailles du filet La Rue des Écailles portait bien son nom. Dans cette artère étroite de Murano-Sud, les pavés étaient perpétuellement glissants, recouverts d'une couche de crasse, de vase et de restes de poissons éviscérés que les marchands de la criée nocturne abandonnaient derrière eux. L'obscurité y était à peine tempérée par la lueur vacillante de quelques lanternes à huile suspendues à des potences de fer rouillé, jetant des reflets cuivrés sur l'eau croupie des caniveaux. C’est dans cet environnement hostile que vivait Bosco, un gamin des rues dont l'âge exact s'était perdu entre deux hivers de famine, mais dont l'expérience se mesurait à la profondeur des cicatrices qui marbraient ses bras. Ce soir-là, tapis dans le renfoncement d’un porche à l'abri du vent marin, Bosco comptait nerveusement son butin : quelques pièces de cuivre volées à un marin ivre et un bouton d'argent terni arraché à la redingote d'un usurier imprudent. — Tu en as encore pour longtemps ? murmura une voix fluette à ses côtés. C’était Lia, une orpheline d'à peine dix ans qui le suivait partout comme une ombre. Elle serrait contre elle une vieille poupée de chiffon dont il ne restait qu'un œil de bouton. Bosco la regarda avec une dureté protectrice. Dans le monde d'en bas, l'affection était un luxe que l'on payait souvent de sa vie. — Tais-toi, Lia. Si les garde-quais nous entendent, on finira la nuit dans une cage au-dessus du canal. Autour d'eux, Murano-Sud grouillait de sa faune habituelle : des prostituées aux fards coulants par la sueur, des marchands de reliques dont l'origine douteuse faisait sourire les connaisseurs, et des marins avinés cherchant à noyer leurs souvenirs dans une bière éventée. Mais ce soir, l'air possédait une texture différente. La tension était palpable, électrique ; elle avait le goût de l'or massif et du sang versé. Soudain, Bosco se figea. Il fit signe à Lia de ne plus respirer. Dans la ruelle voisine, deux silhouettes massives venaient de s'arrêter. Ils portaient des manteaux de voyage épais, mais Bosco reconnut immédiatement le cliquetis de l'acier et l'éclat bleuté de dagues qu'ils étaient en train d'aiguiser avec une lenteur méthodique. — Je te dis qu'ils ont doublé la prime, murmura l'un des hommes, une voix rocailleuse qui semblait sortir d'un tombeau. Deux mille couronnes solaires. Vivant. Bosco sentit son cœur marteler ses côtes. Deux mille couronnes... C’était assez pour acheter la moitié des auberges de Port-Vieux et ne plus jamais avoir à toucher la boue de Murano. — Les courtiers de la Baronne Vespera achètent l'information au prix fort, répondit le second mercenaire. Mais j'ai vu des molosses de l'Inquisition franchir la Porte des Larmes il y a une heure. L'armure lourde, les tabards marqués. Le Sergent Varg est dans nos murs. S'ils le trouvent avant nous, il n'y aura plus rien à vendre à la noblesse. — On cherche quoi au juste ? — Un

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